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8ème Festival Tyagaraja
(photographies par Gilles Probst)

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The Hindu du 6 novembre 2009
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Editorial
English version
Tyagaraja et Diwali à
Paris, la ville de lumière
Une ode à la lumière,
notre hommage à la musique
Le 8ème Tyagaraja Festival organisé cette année
sur le weekend du 17 et 18 était particulièrement auspicieux car il
coïncidait avec la fête de Diwali, la fête de la lumière. Cette fête célèbre
le triomphe du bien sur le mal. L’ambiance était particulièrement joyeuse
quand les 18 artistes sont arrivés quelques jours avant le festival.
Le thème de ce festival, basé sur la lumière, était
illustré dès le hall d’entrée par les tableaux de S. Rajam représentant les
vaggeyekaras, les 14 compositeurs les plus éminents qui ont contribué
grandement à créer ce système musical. Pour ces êtres de lumière qui avaient
dédié leurs vies à Dieu, la musique était le seul chemin lumineux vers Dieu,
leurs chants étaient l’expression d’une foi absolue. Pour Madhurya, ce thème
célébré à Paris, la ville de lumière, était des plus appropriés.
Comme chaque année, le festival fut placé sous le haut
patronage de l’Ambassade de l’Inde en France, Son Excellence Mr Ranjan Matai
a inauguré le festival et Mr Mohan Kumar l’a clôturé.
Le programme de samedi a commencé par un duo de violon avec
Viji et SriRam Krishnan qui ont enchanté l’audience avec leur virtuosité et
leur exubérance, leur complicité ajoutant au charme de leur concert. Ils
sont restés fidèles à Swamy Tyagaraja, avec leurs interprétations de nada
tanumanisham (raga cittaranjani), sitapathe (raga khamas), koluvamma (raga
thodi). Pour finir en gaieté, ils ont rendu hommage au public français avec
La Vie en Rose d’Edith Piaf.
Ensuite vint le concert de Shertallai Ranganatha Sharma. Il
a chanté un émouvant Bale balendu (raga ritigaula). Avec sa voix riche et
puissante, pleine de résonances émotionnelles, il supplie la Déesse Mère
pour sa protection et sa miséricorde. Il continua son concert avec une
deuxième prière à Ambal, la Déesse Mère, dans le chant de Mysore Sadasiva
Rao, Sri Kamakoti Pitam (raga saveri) et il termina avec Madurambikayam
(raga hemavati), une composition de Muttuswami Dikshitar. C’était son
premier voyage et son premier concert à Paris. Renganatha Sharma était
déterminé de nous donner tout ce qu’il possède dans sa voix lumineuse. Il a
réussit à tenir sa promesse.
Le programme de samedi se conclut avec le spectacle de
danse de Mythili Prakash et ses musiciens. Mythili commença elle aussi avec
nada tanumanisham, rendant hommage à Swamy Tyagaraja, à la musique et au son
divin, le nada, créé grâce aux sept notes, les sapta swaras. Ensuite, elle a
illustré la grandeur et la noblesse de l’âme de Krishna dans la pièce
principale Krishnaarpanam. Elle montre une image très émouvante de la Reine
Draupadi dans le Panchali sapatham. Mythili était très amusante en enfant
Dieu Krishna dans Booth. L’audience était fascinée, totalement séduite par
son énergie, son dynamisme, sa capacité de mime et par ses expressions
visuelles. Ils seraient tous encore restés, ils demandaient plus. C’était
exactement le résultat espéré et souhaité par Mythili.
Ainsi se termina le
programme de samedi.
Le dimanche après midi, l’audience est revenue au
rendez-vous musical. Le concert de Suguna Purushotaman était du pur bonheur.
Sa voix, remplie d’émotion, exprimait du pur bhava, elle nous enveloppait et
nous embrassait avec sa sérénité et sa joie. Son chant d’introduction, Sudha
Madhurya bhashana (sinduramakriya), était choisi pour l’évocation de
l’harmonie qu’est madhurya. Elle continua avec un court alapana dans le raga
hindolam qui fut suivi par le kriti Nirajaksha, une interprétation très
nuancée, très subtile et très sensible pendant laquelle elle semblait en
pleine communion avec la Déesse Mère. Ce chant était suivi par Minakshi
Memudham (raga purvikalyani) qui était spécialement choisit pour la fête de
Diwali. Ce kriti était la dernière composition de Muttuswami Dikshitar qui
la chanta pour ses élèves le jour où il quitta son corps, un jour de Diwali.
Suguna donnait le sens propre, sa beauté et sa lumière innée à chaque mot
qu’elle prononçait, qu’elle chuchotait parfois... elle vivait et respirait
sa musique devant nous, si totalement unie avec son chant. Un miracle
semblait se produire, elle devenait elle-même l’image de tout ce qu’elle
énonçait sur la Déesse Mère, évoquant sa douceur, sa compassion, sa sagesse
et sa beauté, sa maîtrise de tous les arts, sa connaissance, sa lumière qui
nous mène vers d’autres sphères encore plus lumineuses.
Après autant d’émotion, Suguna nous fait écouter un chant
dans le raga atana qu’elle a compose elle-même à l’âge de 16 ans, lors de
son tout premier pèlerinage à Tiruvayyar, ville où résidait Tyagaraja.
Enfin, Suguna nous donna un ragam tanam pallavi dans le
raga kambodhi, Ranga Sayee yani pilla cité O yenutsu ra radha O. Elle a
démontré à l’audience française ce qu’est un dwitala avadhana, tenant avec
sa main droite un adi tala (de 8 temps, chaque battement comptant pour 7
mesures) et un khanda jati ada tala (de 14 temps, chaque battement comptant
pour 4 mesures) avec sa main gauche. Le cycle complet tant pour la main
droite que pour la main gauche était de 56 mesures.
Longtemps après sa dernière note, les applaudissements d’un
public debout résonnaient dans la salle. Nous étions tout simplement éblouis
par l’étonnante beauté du concert, probablement l’un des plus magnifiques
concerts de chant que Madhurya a eu la chance de présenter. Etait-il
possible que cette femme aussi douce puisse nous en donner autant, puisse
porter toutes ces connaissances ?
Suguna créa l’ambiance nécessaire, la sérénité et la paix
qu’il nous fallait pour nous préparer au dernier concert. Le maestro Padma
Bhushan Sangita Kalanidhi TN Krishnan et ses enfants Viji et SriRam Krishnan
prennent l’estrade pour les deux dernières heures.
Ils ont commencé en toute tranquillité avec une élaboration
du raga nalinakanti, explorant divers passages, recherchant des coins
inconnus, créant le territoire du raga, chaque note prenant sa vie et sa
place, avec chaque tiré et poussé de l’archet, avec chaque touche. Puis,
vint le raga saramati, nous l’avions tant espéré, TN Krishnan nous le donne,
encore une fois avec tout l’amour et toute la tendresse qu’il possède et que
possède le raga, plein de joie, plein de la sérénité et de la paix qui font
partie intégrale de sa musique. Son violon prononce les paroles du kriti,
“Est-ce que la béatitude est atteignable par quelqu’un qui n’a pas ressenti
l’extase profonde de la musique dévotionnelle ?” Nous étions hypnotisés,
comme dans un espace sanctifié où le silence et la musique régnaient,
partenaires de magie. Le maestro dirige, nous sommes subjugués et il nous
prend dans son élan. Il nous ordonne, comme seul lui le sait, de chercher au
plus profond de nous-mêmes, de s’arrêter, d’être en communion avec sa
musique, avec le son, avec des pouvoirs surpuissants.
Puis, avec un sourire, comme s’il voulait nous rappeler de
notre vie terrestre, il joue raguvam sasudha (raga kadanakudukalam).
Ce morceau était suivi d’un vrai bijou, un alapana dans le
raga kiravani. A nouveau, avec chaque phrase, il tend vers nous, il nous
amène vers lui, plus haut vers une autre sphère, un domaine de pure magie,
où seules la grâce et la beauté coexistent.
Nous aurions pu rester pour toujours, dans une espèce de
transe, le pouvoir de sa musique si dense, le miracle de sa musique si
intense. Mais nous vivons dans un monde réglé par des montres et des
horloges… Le concert s’est terminé avec le raga sindhubhairavi et la
composition de Swati Tirunal sur Vishweshwara, une prière sollicitant la
communion avec le Seigneur.
Le temps d’un weekend, à Paris, la cité de la lumière, nous
avons écouté quelques uns des plus distingués grands maitres de musique. Les
musiciens avaient eux-mêmes le privilège d’être accompagnés par les
meilleurs des artistes accompagnateurs, Dr Hemalatha Rangarajan au violon,
Guruvayur Dorai et Sudhindhra au mridangam, Vaikom Gopalakrishnan au ghatam
et Sriangam Kannan au morsing. C’était également la première fois dans
l’histoire des Festivals Tyagaraja à Paris que nous présentions un joueur de
morsing.
Nous avons fêté la lumière en buvant de la musique, ce
nectar divin évoqué si souvent par Swamy Tyagaraja.
La réaction du public, les nombreux messages de
félicitation et de reconnaissance reçus depuis ce weekend sont un témoignage
de la grâce et de la splendeur de cette magnifique musique.
Nous vous remercions tous, nos spectateurs, nos sponsors,
nos amis et notre famille pour votre soutien tout au long de ces huit
années.
Endaro mahanubhavu
landariki vandanamu
Courbevoie, le 17 novembre, 2009,
Anandi ROY, Michel ROLLOT
pour toute l’équipe Madhurya
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