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 La Trinité Musicale










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La "Trinité Musicale"
fait référence aux 3 plus célèbres compositeurs de musique
classique de
l'Inde du Sud (musique carnatique) du XIXème siècle.
Tyagaraja,
Muttuswami Dikshitar
et Syama Sastry naquirent à Tiruvarur, dans la région de
Tanjore, le cœur culturel de l'Inde du Sud, célèbre pour ses nombreux saints,
philosophes, poètes et musiciens.
Muttuswami Dikshitar, le pèlerin
compositeur, le gnana bhakta
(1175 - 1834)
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Muttuswami Dikshitar, né
en 1775, était le plus jeune de la trinité musicale. Son père, Ramaswami
Dikshitar, lui même chanteur, a été formé auprès de grands maîtres tels que
Virabhadrayya et Venkata Vaidianatha dans la région de Tanjore. Il apprit
non seulement le chant selon les traditions les plus strictes mais il reçut
également une formation de musicologue, la science de la musique. Pour cela,
il lui fallait la connaissance et la maîtrise du système des 72
melakartas proposé par le grand musicologue Venkatamakhi.
Ramaswami Dikshitar
décida de s’installer à Tiruvarur après ses études et commença une riche
carrière de concertiste et de compositeur. C’est lui qui invente le raga
hamsadhwani, devenu aujourd’hui un mode universellement connu en Inde.
Toutefois, son épouse et
lui restaient sans enfant malgré leur fort désir d’être parents. Ils
décidèrent alors de prier la Déesse Mère Devi Balambika dans le temple situé
dans le village de Vaidiswarankoil. Pendant quarante jours, tous les deux
exécutèrent des rites. L’histoire dit qu’au dernier jour, la Déesse parut en
rêve à Ramaswami Dikshitar et lui présenta un collier de perles. Selon
l’interprétation des sages, le couple allait être béni par un fils qui
serait une perle rare.
L’enfance de Muttuswami Dikshitar
L’enfant né de ces
prières était Muttuswami Dikshitar. |
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Ramaswami Dikshitar insista
pour que l’enfant, dès son plus jeune âge, poursuive la voie de l’érudition.
Muttuswami Dikshitar se mit donc très tôt à étudier le sanskrit et les textes
saints, les vedas et les sastras. Ses compositions, écrites
principalement en sanskrit, démontrent à la fois sa parfaite maîtrise de cette
langue et de la philosophie. Très remarquable aussi était sa maîtrise du chant
et de la vina. Ses compositions, plus que celles des deux autres compositeurs de
la trinité, constituent un très beau répertoire pour le chant et la vina.
Un autre fait marquant de
cette période était les fréquentes visites de Muttuswami Dikshitar et de son
jeune frère au Fort St George près de Madras. Le patron de Ramaswami Dikshitar,
Venkatakrishna Mudaliar, travaillait avec la Compagnie britannique l’East India
Company à Madras (Chennai).
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Au Fort St George, ils avaient ainsi l’occasion
d’écouter l’orchestre anglais lors de ses répétitions. Muttuswami Dikshitar
appris des airs anglais qu’il utilisa dans une cinquantaine de ses compositions.
Beaucoup plus important, et grâce à ces rencontres avec l’occident, fut
l’apprentissage du violon par le jeune frère, Baluswami. C’était le grand début
de l’introduction de violon dans la musique carnatique. Très vite le violon
trouva une place indispensable, non seulement en tant qu’instrument
d’accompagnement mais plus tard en tant qu’instrument solo sur la scène
carnatique.
Dans ce contexte assez stable
et paisible est arrivée la requête de l’un des maîtres spirituels de Ramaswami
Dikshitar, Chidambaranatha Yogi. Ce dernier, qui faisait un pèlerinage, demanda
à ce que le jeune Muttuswami l’accompagne en tant que disciple. Il souhaitait
partir pour le lieu saint de Kasi (l’ancien nom de Bénarès). Malgré sa tristesse
et son désespoir à l’idée d’être séparé de son fils tant désiré, Ramaswami
Dikshitar se laissa convaincre des avantages de ce voyage pour Muttuswami.
Ses années
à Kasi
Ce fut certainement la
période la plus importante et la plus formatrice de la vie de Muttuswami
Dikshitar. A Kasi, où il a passé entre cinq et six ans, il a étudié d’une façon
très étendue et très intense les textes saints. Il apprit le yoga et la
vedanta et il fut initié dans le culte de Sri Devi et dans les pratiques
tantriques. Sa vie consistait en une stricte routine quotidienne réglée par ses
pratiques de yoga, par ses prières et ses méditations, et par ses récitations
des versets saints. Cet entraînement si tôt dans sa vie renforça sa foi et lui
donna la force et la discipline de poursuivre d’une façon absolument dévouée sa
quête spirituelle.
Muttuswami Dikshitar
consacrait le temps qui lui restait à la pratique du chant et de la vina. Il
découvrit à Kasi les ragas du système hindoustani dans leur forme
originale et il s’en servit pour composer plusieurs de ses plus belles œuvres :
Pasupatiswara et Sri Satyanarayana, toutes les deux dans le
raga Subha Pantuvarali (45ème melakarta) qui correspond au raga
hindoustani Miyanki Todi. Subha Pantuvarali était très peu connu à
l’époque de Dikshitar dans le système carnatique; toutefois Miyanki Todi
était souvent utilisé dans les bhajans, les chants dévotionnels du nord.
Ainsi, plusieurs ragas du
nord trouvaient leur place dans les compositions de Dikshitar :
-
sarang
(appelé brindavana sarangi dans la musique carnatique) dans les
compositions Rangapura vihara, Soundararajam et Swaminathena,
-
yamuna
kalyani
dans la composition Jambupathe mampahi,
-
hamir
kalyani
dans la composition Parimala ranganatham,
-
dwijavanti
dans la composition Chetas Sri Balakrishnam.
A la fin des années passées à
Kasi, son gourou Chidambaranatha Yogi l’appela pour lui dire qu’il était temps
qu’il rejoigne sa famille dans le sud. L’histoire dit, qu’avant de le quitter,
son gourou lui demanda de descendre dans le fleuve sacré, le Gange, pour prendre
un cadeau qui l’attendait. C’était une vina sur laquelle était inscrit le nom du
Dieu Rama. Son gourou lui expliqua que c’était l’offrande de la déesse Ganga
Devi et prédit à Dikshitar qu’il allait devenir un grand vainika et un
compositeur d’immense renom. Avec cette dernière parole, il descendit lui-même
dans le Gange pour la dernière fois.
Sa vie de
pèlerin
Dikshitar retourna dans le
sud et il transforma sa vie en série de pèlerinages, visitant tous les lieux
saints et les temples, pour chanter la gloire de Dieu. Après quarante jours de
prières et de méditation sur le dieu Subrahmanya à Tiruttani, il obtient le
darshan. Dans son extase, il chante de nombreux morceaux sur Subrahmanya,
ces chants sont maintenant appelés les Guru Guha ou Tiruttani kritis.
Plusieurs de ses compositions
étaient dans des ragas rares ou même non-connus, et quelques uns de ces ragas
n’existent toujours que dans ses compositions : padi, purvi et
udayaravichandrika sont quelques exemples.
De Tiruttani, il voyagea à
Tirupati, à Kalahasti et à Kanchipuram, et chaque visite d’un temple produisait
des compositions sur des divinités.
Après Kanchipuram, Dikshitar
ressentit le besoin de visiter Tiruvarur et sur la route il s’arrête aux temples
de Tiruvannamalai et de Chidambaram.
C’est à Tiruvarur et en
particulier au temple de Sri Tyagarajaswami (d’où Swamy Tyagaraja tira son nom)
que Dikshitar compose les plus importants de ses kritis. Ils sont dédiés
aux nombreuses divinités. Les plus connus sont ceux adressés à Sri
Tyagarajaswami : le groupe de huit vibakhti kritis ainsi que plusieurs
autres chants.
Sur la déesse Devi, il
compose les navavarana kritis, quelques uns parmi ces kritis sont
des chefs d’œuvres de la musique carnatique, tellement magnifique dans leur
construction qu’ils sont considérés eux-mêmes comme des temples musicaux. Sur
Sri Nilotpalamba (la déesse Devi après son mariage au Dieu Siva), il compose
huit chansons dont deux sont dans des ragas rares ou apurva (Chhya
Goula et Purva Goula). Sur Ganesa, il compose plusieurs kritis
dont quelques uns sont très connus : Vatapiganapathim (raga
hamsadhwani), Sri Mahaganapathiravathumam (raga Goula),
Panchamathanga mukha Ganapathim (raga malahari).
Les paroles de ses kritis,
surtout sur Devi et Ganesha, manifestent ses profondes connaissances du
processus d’adoration, des rites et de leur symbolique. Dikshitar maîtrisait
également la science de l’astrologie; ce savoir apparaît dans le groupe de
navagraha kritis sur les planètes. Les sept premiers de ces kritis
sont basés sur les sept principaux talas du système carnatique : dhruva,
matya, rupaka, jhampa, triputa, ata et eka.
Pendant son séjour à
Tiruvarur, Dikshitar en profita pour visiter les temples de Swamimalai,
Mannargudi, Nagapattinam, Tiruchirapalli et d’autres lieux situés sur le fleuve
Caveri dans la région de Tanjore.
Ses années
à Tanjore
Sa prochaine étape importante
fut à Tanjore, ou Thanjavur, sur l’invitation des quatre frères, Ponniah,
Chinniah, Sivanandam et Vadivelu, connus sous le nom du « Tanjore Quartet »1.
C’est aussi à Thanjavur que l’amitié et l’admiration mutuelle entre Syama Sastry
et Muttuswami Dikshitar se renforcèrent. Ils étaient déjà amis et tous les deux
étaient des grands dévoués de la déesse Devi. Syama Sastry admirait tellement le
style de Dikshitar qu’il lui envoya son propre fils Subayya Sastry. Ce dernier
est devenu à son tour un grand compositeur, sa musique reflétant à la fois les
beautés rythmiques et les expressions du bhava propres à Syama Sastry et
la richesse et la profondeur de connaissance des ragas si caractéristique de
Muttuswami Dikshitar.
C’est aussi à Thanjavur que
Muttuswami Dikshitar composa un grand nombre de kritis sur des déesses et
des dieux représentés dans de nombreux temples existants. Le plus remarquable de
ces temples est bien entendu celui dédié à Brihadeeswara (Shiva) et à
Brihannayaki (Devi ou Parvati). La plupart de ses compositions est adressée au
couple divin. Ces compositions sont également remarquables car plusieurs sont
dans des melas du schéma de Venkatamakhi rarement utilisés à l’époque.
Le Tanjore Quartet,
souhaitant une maîtrise de tous les melas, avait invité Dikshitar à
Thanjavur pour recevoir son enseignement. Dikshitar et Sonti Venkataramaniah, le
Gourou de Swamy Tyagaraja, étaient les deux seuls à posséder une solide
formation non seulement des 72 melakartas mais aussi des compositions de
Venkatamakhi dans ces ragas. Tous deux avaient de ce fait comme mission de faire
connaître le système de Venkatamakhi. Pour transmettre son savoir, Dikshitar
composa de nombreux morceaux courts qui ressemblent plus aux gitams,
contenant l’essence même de ces vivedi melas.
Ses
dernières années
Apprenant la nouvelle du
décès de son frère Chinnaswami, Muttuswami Dikshitar décida de quitter Thanjavur
pour Madurai. Madurai est l’une des villes les plus anciennes et les plus
sacrées de l’Inde du Sud et exerçait de ce fait un attrait particulier pour
Dikshitar. La ville est très connue pour son grand temple dédié à Shiva et à son
épouse Parvathi, connus ici sous les noms de Sundareswara et Minakshi. Nombreux
sont donc les kritis que cette ville et ses temples ont inspirés à
Muttuswami Dikshitar, les plus connus étant Mamava Minakshi (raga
varali), Minakshi me mudam dehi (raga gamakakriya ou purvi
kalyani), Kadambari priya yai (raga mohana) et Sri
Minakshi Gauri (raga Gauri). Sur Sundareswara, les kritis les
plus connus sont Somasundareswaram (raga shuddha vasantha),
Palaya mamParvatisa (raga kannada).
De Madurai, il continua ses
pèlerinages pour visiter Rameswaram. C’est ici qu’il a appris que son frère
Baluswami, devenu le musicien de la cour de Ettayapuram, allait bientôt se
marier. Désireux de le retrouver surtout pour cette heureuse occasion, Dikshitar
commença un voyage avec ses disciples vers cette destination pendant une dure
période de sécheresse. S’arrêtant pour trouver de l’eau, Dikshitar appris que la
population souffrait atrocement depuis des années de la sécheresse. Emu, il fit
un pooja spécial au temple local et supplia la déesse de montrer sa
miséricorde en chantant le célèbre kritis Anandamrithakarshini
dans le raga Amritavarshini. Ce raga est maintenant considéré comme une
invention de Muttuswami Dikshitar comme pour le raga Hamsadhwani est
attribué à son père.
Sa prière produisit le
miracle tant attendu, et les pluies vinrent comme rarement vu auparavant.
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Dikshitar passa ses dernières
années à Ettayapuram, visitant divers temples dans le sud de l’Inde; chaque fois
ces temples lui inspiraient des kritis. Dans l’année 1834, le jour qui
précéda le festival de lumière, Deepavali, Dikshitar se leva pour prendre
son bain. Il eut une vision de la déesse Sri Kasi Annapurneswari. Il se souvint
de ce que son gourou Chidambaranatha Yogi lui avait dit à Kasi. La déesse lui
donnerait une nourriture spirituelle non seulement dans cette vie mais également
le moksha, le salut, la vie éternelle et l’union avec Dieu après sa mort.
Le jour était « chaturdasi », consacré à la déesse et après ses ablutions, il
demanda à ses disciples de chanter des kritis sur la déesse. Ils
chantèrent tous Minakshi me mudam dehi, et, une fois finit, Dikshitar
leur demanda de le rechanter. Il avait le pressentiment que son moment était
venu. En effet, pendant le anupallavi, lorsqu’ils chantaient les paroles
« Minalochani pasamochani », Dikshitar quitta son corps. |
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Comme Swamy Tyagaraja,
Dikshitar a exploité une grande gamme de ragas dans ses compositions : ceux qui
étaient très connus comme thodi, bhairavi, saveri,
sahana, atana, gamakakriy et ceux que nous connaissons
seulement grâce à ses compositions, comme mangalakaisiki ghanta,
gopika vasantha, saranga nata, chhaya goula, padi,
mahuri, suddha vasanta. En fait, Dikshitar a composé dans
tous les soixante douze melakartas de Venkatamakhi2.
Sa musique est aussi très
marquée par le vilambakalam ou tempo lent, qu’il utilisait afin
d’explorer et exprimer toutes les beautés du raga. Ces compositions donnent
souvent l’expression d’avoir été faites spécialement pour la vina, car lui-même
était un vainika. Ce tempo lent permet également une pleine expression
des gamakas et la musique de Dikshitar est remplie de beaux ornements. Plus que
Swamy Tyagaraja et Syama Sastry, Dikshitar fut influencé par la musique
hindoustani et un bon nombre de ses kritis utilisent des ragas du nord
qu’il a assimilés dans le système carnatique. La langue qu’il a choisit pour sa
musique était le sanskrit, la langue la mieux adaptée pour exprimer le contenu
souvent hautement philosophique et élevé de ses compositions. Son œuvre, comme
un encyclopédie, cherche à présenter et à conserver la richesse du système
carnatique, les divers ragas et talas et à exprimer le profondeur de la pensée
philosophique.
Dikshitar, le suprême
gnana bhakta , le dévoué remplit de savoir, avait l’esprit constamment sur
la philosophie des sastras et des vedas. Il était le suprême
pèlerin, voyageant d’un lieu saint à un autre, d’un temple à un autre. Dieu
l’omniprésent était partout et en toutes choses.
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Pour ceux qui sont venus au premier Festival Tyagaraja, il est intéressant de
noter que le maître Sivanandam est le descendant direct du Tanjore Quartet de la
branche de Ponniah.
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Toutefois, il choisit pour certains des
melakartas
et janya ragas d’utiliser ses propres appellations telles que ramamanohari
pour ramapriya, samaram pour shanmukhapriya, sivapantuvarali pour
subhapantuvarali, bhooshavathi pour vachaspathi, devakriya pour sudhasaveri,
gamakakriya pour poorvikalyani etc.
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Syama Sastry, le dévoué de Devi
(1762 - 1827)
Syama Sastry, dont le vrai prénom était Venkatasubrahmanya, est né le 26 avril
1762 à Tiruvarur. Il était l’aîné de la Trinité musicale (Tyagaraja, Muttuswami
Dikshitar et lui-même). Comme Muttuswami Dikshitar, il était un enfant très
désiré, né après un an de prières par ses parents, Viswanatha Iyer et
Vengalakshmi. Ces prières étaient adressées au dieu Venkateswara. Syama était le
prénom affectueux donné à l’enfant.
Les ancêtres de Syama Sastry étaient des archakas, des prêtres choisis
pour assurer la continuité de l’adoration (selon les bonnes pratiques) du culte
de la déesse mère, la mère divine. Ceux qui appartenaient à ce culte sont
appelés les Sri Vidya Upasakas. Après énormément de mouvement et
d’instabilité engendrés par les conditions politiques, la famille s’installa
d’abord à Tiruvarur avec le grand-père, Venkatadri Iyer et ensuite à Thanjavur
avec le père, Viswanatha Iyer. La statue de la déesse mère Bangaru Kamakshi se
trouve toujours dans le temple, âgé de deux siècles, dans la West Main Street de
Thanjavur. Sur les murs du temple, il existe un tableau représentant Syama
Sastry.
Tiruvarur est le lieu où est née la Trinité musicale. Cette ville a toujours été
une ville sainte. Depuis le septième siècle, c’est ici que les saints poètes
tamouls Sambandhar, Appar et Sundaramurthy avaient exprimé leur amour et leur
dévotion à la divinité locale, Tyagesa. Leurs chants sont tellement chargés de
bhakti et de dévotion, d’une foi tellement absolue que les visiteurs
ressentent même aujourd’hui l’énergie et les vibrations spirituelles que le
temple et la ville dégagent.
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Très jeune, dès l’âge de cinq ans, Syama Sastry a démarré des
études de sanskrit et de telugu classique, apprenant les chants
dévotionnels. Il accompagne son père au temple où il manifeste une dévotion
absolue à la déesse Devi. Cette foi ne l’a jamais quitté de sa vie.
Très jeune aussi, il manifeste son intérêt pour la musique et
ses dons étaient clairement visibles. Toutefois, son père ne souhaitait pas
que son fils poursuive une carrière musicale. Cette vocation n’était plutôt
que pour ceux du monde matérialiste et son père espérait une vie plus élevée
spirituellement pour son fils. Mais le destin de Syama Sastry allait en être
autrement. |
Un jour un pèlerin ascète (sanyasin) de Bénarès, invité par Viswanatha
Iyer, arriva chez ses parents. Le destin voulut que cette arrivée corresponde à
la période de repos pendant laquelle l’ascète était obligé de rester sur place.
Il prend le jeune Syama Sastry sous sa tutelle et pendant les quarante jours de
son séjour, l’initie aux lakshana gitas et à toutes les subtilités des
structures rythmiques et des combinaison diverses des groupements de notes.
Avant son départ, il béni son élève qui était son unique disciple. Il exprima le
désir que Syama Sastry ne suive aucun autre maître mais qu’il cultive une amitié
avec le musicien compositeur Pachimariyam Adiyappiah. Ce dernier, un musicien de
la cour de Thanjavur, est surtout connu pour son inoubliable varnam dans
le raga bhairavi, Viriboni. Un monument musical, ce varnam est le
plus appris et apprécié parmi ceux écris dans le tala ada. Quant à sa
musique, elle est reconnue pour sa force et sa subtilité rythmique et pour son
extrême attention aux gamakas. Ces caractéristiques donnaient à sa
musique toute sa beauté et sa richesse.
Ce sont également ces éléments qui marquent la musique de Syama Sastry.
L’histoire du « duel musical » entre les deux géants du rythme Bobbili
Kesavayyah et Syama Sastry est souvent racontée pour démontrer à quel point ce
dernier maîtrisait toutes les subtilités et les complexités des cycles de
tala. Souhaitant exhiber ses dons, Kesavayyah chanta un raga
alapana suivi d’un tanam et d’un pallavi basé sur le tala
simhanandana. Syama Sastry répondit en chantant le même pallavi mais
pour l’occasion inventa le tala sarabanandana, encore plus complexe que
simhanandana. Il va sans dire que Kesavayyah accepta sa défaite devant
une telle performance. Il est aussi intéressant de noter que juste avant le
concours Syama Sastry fit appel à la déesse Mère pour le soutenir :
Devi brova samayamide
O Devi, C’est maintenant que Tu devrais me protéger
Ce kriti, chanté lorsqu’il était en méditation profonde dans le temple,
est dans le raga chintamani, un mode très rare, connu grâce à ce
morceau.
Les compositions de Syama Sastry sont toutes connues pour leur ferveur, leur
enthousiasme, pour leur intense dévotion et pour leur abandon total à sa déesse.
L’élément de bhava, si important dans la musique carnatique, est
prépondérant dans la musique de Syama Sastry. Devant la déesse mère, il est
l’enfant suppliant mais confiant qu’elle lui répondra. De ces trois cents
compositions, à quelques exceptions près, son œuvre est entièrement dédiée à la
Déesse Mère, adressée sous différents noms selon l’endroit où elle est
représentée :
-
Bangaru Kamakshi à Kanchipuram et Tanjavur
-
Meenakshi à Madurai
-
Brihannayaki à Pudukottai
-
Dharmasamvardhini à Tiruvadi
-
Neelayatakshi à Nagapattinam
-
Akhilandeswari à Tiruvanaikovil
Syama Sastry est probablement le premier compositeur qui a traité d’une façon
aussi extensive le thème de l’adoration du principe du divin représenté par la
mère. Il est dit que c’est également lui qui initia Muttuswami Dikshitar au
culte de Devi.
A
la différence de Muttuswami Dikshitar, Syama Sastry ne voyagea pas beaucoup. Ce
sont ses compositions qui nous donne une idée des voyages qu’il a effectués dans
le voisinage.
Toutefois, son pèlerinage à Madurai au temple de Meenakshi est particulièrement
important. Pour rendre hommage à la divinité, Syama Sastry avait décidé de
composer un navaratnamala,une guirlande ou collier de neuf bijoux en
forme de kritis. Il allait offrir cet ornement à Meenakshi pour
recevoir sa bénédiction. Une fois au temple devant la déesse, remplit d’émotion
et de tendresse, il chanta ses neuf compositions. Le kriti peut être le
plus aimé, le plus émouvant, même bouleversant de ces neuf kritis est
celui dans le raga ahiri, dans lequel se rejoignent la puissance
émotionnelle des paroles et la beauté de la mélodie. Comme un enfant, Syama
Sastry implore la déesse mère : la première partie du kriti est de ce
fait dans un tempo lent. Quand il ressent qu’elle ne lui répond pas, il accélère
son tempo pour la réprimander dans la troisième partie. Toutefois, sa foi est
toujours constante :
Padapankajamula stiramani
nammithi, nammithi, nammithini
Devant vos pieds, beaux comme un lotus, c’est sûr
Que j’ai la foi, j’ai la foi, j’ai la foi
C’est à Madurai que sa célébrité en tant que compositeur arrive à son plus haut
sommet. Son navaratnamala était reçu avec le plus grand enthousiasme par
des musiciens, des mélomanes et des dévoués. Syama Sastry recevait tous les
honneurs accordés à un grand compositeur. L’un des mécènes lui présenta une
tambura sur laquelle la tête de l’animal mythique, le yali mukha, est
dressée plutôt que baissée.
Le navaratnamala de Syama Sastry a souvent été comparé aux pancha-ratna
kritis de Tyagaraja et aux navavarana kritis de Muttuswami Dikshitar.
Chacun de ces groupes de kritis est remarquable pour sa grandeur et sa
sophistication. Tyagaraja a fait de la musique pour tout le monde, il la rendait
accessible à ceux qui ne la connaissaient pas comme il savait s’adresser aux
vrais amateurs. L’œuvre de Dikshitar est encyclopédique et l’étendue de ses
connaissances musicales et philosophiques se reflètent dans sa musique.
La musique de Syama Sastry est un mariage extraordinaire de la beauté innée des
ragas (raga bhava), du fond dévotionnel exprimé par les paroles (sahitya
bhava et bhakti) et de la sophistication du tala.
Parmi les meilleurs exemples qui démontrent à la perfection cette fusion entre
dévotion et technicité, sont les swarajatis dans les ragas
yadukulakhamboji, thodi et bhairavi. Alors que les swarajatis
sont normalement appris par des élèves débutants et sont plutôt des exercices
techniques, Syama Sastry a complètement transformé ce genre. Il nous laisse
trois monuments qui ne sont abordables que par des élèves très avancés.
Que Syama Sastry connut Tyagaraja et Dikshitar est indiscutable. Son fils,
Subbaraya Sastry,
lui-même un grand musicien et compositeur, était à la fois le disciple de
Tyagaraja et très influencé par la musique de Dikshitar. Il est souvent dit que
Dikshitar et Tyagaraja se sont rencontrés. Cette affirmation reste toutefois à
confirmer.
Syama Sastry vécut jusqu’à l’âge de soixante ans. Sa confiance et sa bonté
naturelle rendaient sa vie paisible et sans conflit. Il était comblé par son
amour et sa dévotion pour Devi, la mère divine et il était confiant et
optimiste, comme un enfant, de recevoir sa tendresse et sa protection. Heureux,
il ne manquait de rien dans sa vie. Comme Dikshitar, il prédit son propre
départ. Quand sa femme décéda, il marmonna « thaan chaga anjinaal ». Ceux qui
l’entouraient croyaient qu’il disait « elle craignait la mort ». En réalité, il
prédisait sa propre mort dans cinq jours. Le sixième jour, il demanda à son fils
Subbaraya Sastry de réciter le mantra que doit prononcer le fils au moment de la
mort du père. Chuchotant le nom de sa déesse Devi dans son dernier moment, il
quitta son corps.
-
Ces trois aspects, le raga, le bhava et le tala sont les trois fondamentaux
de la musique carnatique
-
L’une des plus grands disciples de Subbaraya Sastry était Kamakshi Ammal, la
grand-mère de Vina Dhanam, dont l’école est représentée au 5ème
Festival Tyagaraja par Rama Ravi et sa fille Nanditha et par le flûtiste TR
Moorthy.
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